Échos de la Région France

Carte des monastères de la Fédération Notre Dame des PrêcheursLorsque j’ai demandé aux monastères français comment ils voulaient que je les présente, plusieurs sœurs m’ont suggéré de montrer comment les monastères dominicains s’insèrent dans le riche patrimoine spirituel de notre pays. C’est donc à un petit tour de France historico-spirituel que je vous convie.

ProuilheVous connaissez toutes Prouilhe, au moins de nom. C’est là que les premières sœurs, rassemblées par Dominique s’installèrent dès 1206. Depuis 10 ans, la communauté vit une expérience internationale et elle est maintenant la plus nombreuse de nos communautés.

ChalaisEn 1206, le monastère de Chalais existait déjà depuis plus d’une centaine d’années ! Il était alors habité par des ermites appelés chalaisiens auxquels succédèrent des chartreux. Après la Révolution française, c’est là que Lacordaire s’installa pour restaurer l’Ordre dominicain en France. Depuis les années 1960, c’est une communauté de moniales qui y tient la veille de prière.

Orbey, petit monastère d’Alsace, est héritier du grand monastère d’Unterlinden, fondé en 1232 à Colmar, haut lieu de la mystique rhénane. Avec les frères de Strasbourg, les sœurs perpétuent la présence dominicaine séculaire en Alsace.

Et Estavayer-le-Lac en Suisse romande ? Avec les 2 monastères de Suisse alémanique, c’est un des plus anciens monastères dominicains où la louange n’a jamais été interrompue et il fêtera en 2016 ses 700 ans d’existence.

Langeac a été fondé en 1623. C’est là qu’a vécu la bienheureuse Agnès de Langeac, béatifiée en 1994, tellement invoquée pour les enfants à naître et la sainteté des prêtres.

Evry est le descendant de l’ancien monastère de la Croix à Paris (1637). Il est aujourd’hui présence contemplative dans une cité nouvelle très cosmopolite.

D’autres monastères, même s’ils sont moins anciens, vivent dans des lieux spirituels chargés de sens. C’est le cas de celui de Lourdes (1889) qui surplombe les sanctuaires et la grotte où la Vierge Marie a demandé à Bernadette de prier pour les pêcheurs. Les sœurs vivent au rythme des pèlerinages, spécialement le pèlerinage du Rosaire qui rassemble les frères des deux provinces de France.

Saint-Maximin est le lieu où sont conservées les reliques de sainte Marie-Madeleine, qui, selon la tradition, est venue finir ses jours dans la prière et la pénitence dans la grotte Sainte-Baume. Le lieu a été confié aux frères dès le 13°siècle. Les sœurs y ont fondé un monastère en 1872, mais l’extension de la ville les a fait construire un nouveau bâtiment où elles ont emménagé il y a bientôt 4 ans.

Paray-le-Monial, où Jésus a montré son Cœur à sainte Marguerite-Marie, est le lieu de nombreux rassemblements. La communauté y a pour vocation de contempler le Cœur de Jésus dans les mystères du Rosaire.

D’autres monastères ont fleuri tout simplement là où Dieu les avait semés.

La communauté de Taulignan s’est implantée en 1957 dans le sud de la France, entre vignes et lavandes. Actuellement un projet de culture biologique répond à un désir du diocèse : que le monastère soit un centre spirituel d’où rayonne entre autres une façon chrétienne de vivre l’écologie.

Les sœurs de Beaufort se sont installées en 1963 dans un ancien manoir breton, elles rayonnent jusque dans les Pays-Bas par les fraternités laïques dominicaines qui leur sont rattachées.

DaxDax est le résultat de l’union de plusieurs monastères il y a maintenant 16 ans. Elles fêteront en décembre prochain le 150°anniversaire de la fondation du premier monastère. Mais pas question de vivre dans le passé : sept sœurs « prêcheresses » de la communauté collaborent avec les frères de Lille pour animer la « Retraite dans la ville » sur Internet pendant le Carême 2013. (Prédication et Prière du 3 au 10 mars)

Les communautés comptent de 11 à 28 sœurs et elles sont rassemblées avec les monastères de La Réunion et d’Oslo au sein de la fédération Notre-Dame des Prêcheurs. C’est une fédération de structure assez souple dont le but est de promouvoir la connaissance mutuelle, l’entraide et la formation. Nous avons une assemblée tous les 4 ans qui élit une présidente et son conseil, mais nous n’avons pas de maison fédérale comme en Espagne ou au Mexique.

Session à CiteauxLes prieures se rencontrent tous les ans et la fédération organise différentes sessions de formation : une session annuelle de théologie d’une dizaine de jours pour les sœurs en formation initiale (il s’agit d’un cycle de 5 ans), des réunions de maîtresses des novices (ouvertes aux frères et aux sœurs apostoliques), des sessions d’économes… Des monastères plus proches géographiquement ont parfois des liens privilégiés, sans parler des nombreux liens interpersonnels très vivants qui existent entre les sœurs des diverses communautés. Au cours des quatre ans nous organisons un temps fort en commun. Cette année (2012) ce fut la belle réussite des journées fédérales de Cîteaux.

Nous communiquons par un bulletin semestriel « En Chemin », qui donne des nouvelles des monastères et relate sessions et temps forts des unes et des autres, mais depuis quelques années nous avons inventé le « Fed’info » : chaque communauté peut envoyer un message par Internet pour demander des prières, donner une information, inviter à une session qui se déroule dans le monastère. C’est un tout petit moyen, mais nous avons beaucoup de joie à avoir des nouvelles plus fréquentes des autres communautés.

Actuellement, nous traversons une période d’incertitude, les entrées se font plus rares et nous avons du mal à discerner la volonté de Dieu pour notre temps. Nos sœurs d’Evry ont pris la douloureuse décision de fermer leur monastère. La Fédération s’est engagée à les soutenir de diverses manières durant les prochains mois afin de trouver des lieux où nos sœurs pourront poursuivre leur vie dominicaine. D’autres monastères ont entamé une réflexion sur l’avenir.

BeaufortNous avons à la fin de 2012 fait une « neuvaine fédérale itinérante » pour demander au Seigneur de nous montrer ce qu’il veut de nous. Chaque monastère à son tour a prié pour nos communautés durant 9 jours de la manière qui lui convient : intentions à laudes et vêpres, procession de complies un peu solennisée… Il semblerait qu’on aime beaucoup les bougies dans notre fédération ! Puis, à la fin de ses 9 jours, elle a passé le relais en envoyant un Fed’info de nouvelles. Cette initiative toute simple a beaucoup dynamisé notre communion et nous a donné beaucoup de joie. Commencée le 8 août (par Prouilhe, bien sûr !), la neuvaine s’est terminée après quelques jours de prière commune lors de la messe du dimanche de Gaudete qui fut célébrée dans chaque monastère avec une grande hostie confectionnée par nos sœurs de Dax. Communion de communions !

L’article écrit par Sœur Isabelle Lepoutre (Estavayer-le-lac),
publié à Monialibus n° 28, janvier 2013