Echos de la région Italie

Plutôt que de décrire le mode de vie des monastères italiens, il m’a semblé préférable de parcourir les origines des différentes fondations. Il est intéressant de découvrir comment les mutations historiques ont influencé leur vie ; la tendre pousse de Dominique est devenue ainsi un arbre qui a poussé sous les rayons du soleil divin dans le jardin de l’Église.

Actuellement, il y a 28 monastères et 280 moniales en Italie.

Monastères dominicains en ItalieC’était au printemps 1221” ! Je revois ce lointain 26 février 1221, quand notre Père Saint Dominique, réunissant les moniales des autres monastères à Saint Sixte à Rome (aujourd’hui “Sainte Marie du Rosaire” à Monte Mario où vivent 9 moniales qui en gardent joyeusement la mémoire et perpétuent le don reçu), planta le premier germe de la tendre pousse de Prouille, germe devenu arbre à large frondaison qui du centre de la chrétienté a étendu ses branches pour atteindre les pointes extrêmes du sol italien: “Maria Steinach” à Lagundo (1241) et “Sainte Catherine, V.M” à Palerme (1310). Deux monastères historiques malheureusement en voie de fermeture définitive.

Au XIIIème siècle, en plein climat médiéval, on assiste en Italie à une merveilleuse diffusion du charisme de S. Dominique. A côté des communautés de frères surgissent les monastères féminins sur lesquels repose l’esprit du fondateur. Après celui de Saint Sixte, naît le monastère de “Sainte Agnès, VM” à Bologne (1223). Malheureusement, et non sans un vif regret, nous faisons part de l’arrivée ces jours-ci justement du Décret le supprimant. La fermeture définitive a eu lieu le 31 décembre 2012 quand les 7 dernières sœurs ont été transférées en quatre communautés différentes. Il ne nous reste plus qu’à dire : sois béni le Seigneur en ses insondables desseins!

A Florence, en 1242, est fondé “Saint Dominique”, maintenant “Sainte Croix”, qui cependant est actuellement en voie de fermeture.

A Bergame, en 1268, est ouvert le monastère “Matris Domini” dont la fondation, comme dit la légende, aurait été prédite par S. Dominique lui-même lors de son passage dans la ville. Cette communauté a été durant toute son histoire un centre de spiritualité et de culture en collaboration avec les frères du couvent S. Barthélémy. Au long des siècles elle a donné naissance à d’autres monastères, aujourd’hui disparus à l’exception de celui d’Azzano S. Paolo.

En 1274, à Pérouse, naît le monastère de la “Bse Colombe de Rieti”, communauté qui a vécu et souffert les divers événements politiques et sociaux de la ville, les affrontant avec courage. Actuellement, cette communauté a un effectif réduit. Dans les années 90, avec beaucoup de charité, elles ont accueilli une moniale en coma irréversible, encore vivante aujourd’hui.

En 1282 c’est au tour de la fondation de “Sainte Anne” à Nocera Inférieur, point de référence pour tant de personnes de la petite ville de Campanie, mais surtout pour les jeunes qui partagent avec les moniales la Lectio divina hebdomadaire et d’autres initiatives bien accueillies.

Site de la fédération st dominiqueEn 1259, à Rieti, est fondé “Ste Agnès, VM”; autre communauté ayant traversé des événements historiques difficiles. Les moniales sont actuellement au nombre de 6 avec une novice. Dans le monastère sont conservées les reliques de la Bse Colombe de Rieti.

Les signes de la dissolution de l’esprit chrétien médieval, latents au cours du XIIIème siècle, commencent à se répandre au cours du XIVème siècle donnant lieu à des luttes cruelles entre la Papauté et l’Empire. Les évènements de cette période : l’exil du Pape en Avignon au début du XIVème siècle et la peste noire de 1248-50, changent le visage de l’Eglise et de l’Europe. C’est seulement à la fin de ce siècle obscur que se manifeste une certaine reprise. A l’exil du Pape et aux luttes avec l’Empereur fait suite, par réaction, le mouvement des “Amis de Dieu”, mouvement mystique qui trouve en Italie un écho en la Bse Emilia Bicchieri du monastère de Verceil (disparu), en Ste Agnès Segni du monastère de Montepulciano (disparu) et de la Bse Imelda Lambertini du monastère Ste M-Madeleine de Bologne (disparu). En ce siècle, elles furent trois phares dans l’histoire de notre spiritualité.

La peste noire eut comme conséquence la décadence des communautés cloîtrées : la mort et l’abandon les réduirent notablement. Dans ces années où la maladie moissonna ses victimes, naquit celle qui sera l’âme silencieuse de la réforme : Catherine de Sienne (1347). Catherine est pleinement femme ; pleinement dominicaine. Deux de ses filles spirituelles, la Bse Claire Gambacorta et la Bse Marie Mancini, donnèrent naissance à la première communauté monastique réformée – S. Dominique, à Pise (1484)- communauté malheureusement fermée dans les années 1990.

Monastero Domenicano S.RosarioIl y eut ensuite la reprise de la fin du XVIème siècle. Celle-ci donna naissance à une réforme storico-spirituelle. La civilisation changeait progressivement : au théocentrisme médiéval succéda l’anthro-pocentrisme promu d’abord par l’Humanisme puis par la Renaissance. Un nouvel esprit soufflait sur l’Ordre dominicain : il y a certes division mais également exigence de renouvellement tant chez les frères que chez les moniales.

Sur l’initiative de la Bse Marguerite de Savoie surgit le monastère de “Ste Madeleine” (aujourd’hui “Bse Marguerite de Savoie”) à Alba (Cuneo) en 1445, fondation liée à la prédication de S. Vincent Ferrier. Actuellement ce monastère, malgré l’âge avancé des sœurs, est encore un centre de prière et de témoignage dominicain. Alba est la ville qui se prépare (septembre 2013) à vivre l’évènement ecclésial de la béatification de notre frère le P. Giuseppe Girotti o.p., martyr à Dachau.

Sainte Catherine de SienneEn 1461, l’Eglise canonise Ste Catherine de Sienne et en Italie surgissent des monastères qui lui sont dédiés. Après S. Dominique, Ste Catherine devient le modèle de vie et de spiritualité, point de référence jusqu’à nos jours.

Vers la fin du du XVIème siècle, Jérôme Savonarole sera un autre grand apôtre de la vie claustrale dominicaine. Il influencera particulièrement les monastères toscans: “Ste Marie du Sasso” (situé d’abord à Lucques dès 1502 puis transféré à Bibbiena près d’un important sanctuaire marial), composé actuellement d’une communauté de 3 soeurs seulement et de deux frères qui desservent le Sanctuaire; “S. Vincent Ferrier” à Prato (1503) qui, avec sa grande Ste Catherine de Ricci, continue à être un phare de spiritualité; “Ste Marie des Neiges” à Pratovecchio, 1567 (désormais fusionné avec “S.Dominique de Querceto). Ce monastère se distingue par son noviciat florissant, par l’hospitalité offerte à ceux qui désirent partager la prière liturgique et la Parole de Dieu. Depuis quelques années on y exerce la “prédication”, très fréquentée et diffusée même sur internet. Enfin, en 1575, est fondée à Marradi la “Très Sainte Annonciation”, communauté réduite à seulement 5 sœurs.

Tous ces monastères du XVIème siècle ont été de vrais centres spirituels et artistiques comptant en leur sein des écoles de peintres, de miniaturistes et de sculptrices et des auteurs d’œuvres historiques et philosophiques.

MONASTERO DOMENICANO SS. TRINITAA cause du Protestantisme et de la réforme en acte, la souffrance dans l’Église est grande. Le Concile de Trente (1545-1562) fait sentir profondément ses répercussions même dans les monastères qui, par ordre pontifical, à partir de ce moment-là ne dépendront plus de l’Ordre mais des évêques diocésains avec cette conséquence que tout en restant dominicains ils modifieront leur configuration spirituelle. A cette période, il y eut beaucoup de fondations. Celles qui subsistent encore aujourd’hui sont : “S. Nicolas” Cagli- Pouilles (1529) avec 7 moniales actuellement; “la Très Sainte Annonciation” à Rome (1562) qui naquit avec le propos spécifique d’accueillir de jeunes néophytes juives et musulmanes. Le Pape dominicain S. Pie V contribua à la réalisation de cette fondation. “Ste Marie de Grâces” est fondé à Sorrente- Naples (1566) et actuellement les 8 moniales qui y vivent sont un point de référence pour beaucoup de personnes dans le domaine de la liturgie. Naquit ensuite en 1578 “Ste Catherine V.M” à Ripatransone (Ascoli Piceno). Cette communauté compte aujourd’hui 4 sœurs qui dans les années 1980 ont affecté une partie de leur monastère à l’accueil de personnes âgées dont elles s’occupent. Comme on l’aura remarqué, ce sont toutes de petites communautés animées par un grand amour fraternel et, d’authentiques dominicaines, imprégnées d’esprit apostolique.

Au XVIIème siècle, le siècle le plus riche en fondations et initiatives, le Baroque anti- schématique et anticonformiste, varié et divers en ses manifestations, conditionne la vie monastique. En 1613 naît le monastère de la “Ste Trinité” de Castelbolognese-Ravenne. Dans ce monastère de grands préparatifs sont en cours pour fêter le 4ème centenaire de la fondation. Sa caractéristique est l’adoration quotidienne du Très Saint-Sacrement. Il est béni par de bonnes vocations. En 1617 naît “S. Antoine” à Gubbio-Pérouse. Les deux dernières moniales de ce monastère ont été accueillies avec beaucoup de charité par les Capucines de la ville. En 1629, naît le monastère du “S. Rosaire” à Lettere-Naples, adossé à la vallée de Pompéi. Monastero ss. rosario - lettere (Napoli)Aujourd’hui il est le siège de la Présidente de la Fédération Ste Catherine. “Ste Marie du Pied” à Gravina des Pouilles est fondé en 1677 par Marie-Baptiste Orsini, mère du Pape dominicain Benoît XIII. La communauté compte maintenant 4 sœurs. Vers la fin du XVIIème siècle, dans les Marches, région d’Italie tournée vers la mer Adriatique, furent fondés par la Vénérable Jacinthe Bassi, issue d’un monastère de Vénétie, trois communautés toute dédiées au “Corpus Domini”: 1692, Macerata ; 1693: Loro Piceno- Macerata ; 1695, Montefiore dell’Asso-Ascoli Piceno. La communauté de Macerata dans son nouveau et accueillant édifice, pratique toujours (encouragée par l’évêque du diocèse) l’adoration diurne et en partie nocturne, malgré le petit nombre de moniales.

L’Illuminisme influença également les monastères dominicains, qui par conséquent  perçurent surtout l’urgence et l’exigence de la Réparation. L’union au Christ souffrant se fait toujours plus vive. En 1775 prend vie un monastère dédié au “Saint Rosaire” à Marino Laziale- RM, très nombreux  autrefois mais aujourd’hui en voie d’extinction.

A la fin du XVIIIème siècle, les dramatiques évènements politiques de la Révolution française et la domination napoléonienne semblent vouloir détruite tout l’Ordre dominicain en Italie, monastères compris. Mais les œuvres de Dieu conservent toujours une semence de résurrection. La tempête passée, l’arbre séculaire se pare de nouveaux bourgeons. A la fin du XIXème siècle s’ouvre à Colorno-Parme le monastère des “SS. Jacinthe et Libère” transféré ensuite à Fontanellato en 1817 sous le nom de “S. Joseph” à l’ombre d’un sanctuaire renommé dédié à N-Dame du Rosaire. En 2007 cette communauté effectue un nouveau transfert dans la ville de Cremone. La communauté actuellement jeune est composée de 18 moniales et d’une postulante. Dans la ville, seul monastère existant, il est un point de référence pour qui cherche le Seigneur. Particulièrement, il offre à Dieu et à l’Église locale le service d’une belle liturgie qui pour beaucoup devient le lieu de rencontre avec le Seigneur.

Et nous voilà àLe monastère Matris Domini à Bergamo l’aube du XXème siècle. Provenant du pluriséculaire monastère de “Matris Domini” Bergame, 6 moniales donnent naissance en décembre 1896 au “Monastère du S. Rosaire” à Azzano S. Paolo (Bergame). Prospère en vocations durant tout le XXème siècle, on assiste aujourd’hui à une rapide diminution du nombre de sœurs. Actuellement composée de 14 moniales, la communauté vit sa vie de prière en partageant la liturgie et la lectio divina avec les fidèles, surtout ceux de la paroisse, et avec les groupes de jeunes et d’adultes qui sont reçus à l’hôtellerie.

En 1957, on ouvre à Faenza-Ravenne l “Ara Crucis”, dédié à la prière et à l’immolation pour la sanctification des prêtres. La cause de béatification du fondateur de ce monastère, le P. Domenico Galluzzi, o.p., a été introduite récemment.

Dernier de tous, bourgeon à peine né, voici que 4 sœurs d’Alba et une de Bergame donnent naissance en 1999 à “Marie de Magdala” Moncalieri-Turin, avec l’objectif d’accueillir ceux qui sont à la recherche de Dieu, à travers la Parole, le partage de la prière liturgique et l’accompagnement spirituel.

Comme on peut le remarquer, nombreuses sont les communautés réduites à quelques moniales, aînées et malades, qui ne voient pas pour l’instant l’opportunité de se réunir entre elles.

Monastère Maria di Magdala

La région Italie compte 2 Fédérations :
celle de S. Dominique avec 6 monastères et celle de Ste Catherine avec 9 monastères. 13 monastères ne sont pas fédérés.

Depuis 2000 a été constituée l’”Assemblée des Prieures” dans un but de connaissance et d’aide mutuelles entre communautés. Elle se réunit une fois par an avec la tâche de programmer les cours de formation initiale et permanente, promouvant d’utiles mises à jour ; la participation dépasse de peu la dizaine de monastères.

En mai 2011, le Maître de l’Ordre, P. Bruno Cadoré, a institué deux Commissions : l’une pour étudier la réalité des monastères italiens, l’autre pour programmer la formation tant initiale que permanente.

La Commission qui étudie la réalité des monastères italiens 
a élaboré un questionnaire relatif aux domaines suivants : statistiques, gouvernement, prière, vie communautaire, économie, sœurs infirmes. Le questionnaire qui compte 108 questions a été envoyé à chaque communauté accompagné d’une lettre qui réclamait une pleine et sincère collaboration. Les réponses de 26 sur 29 monastères se sont révélées riches de détails qui mettent en évidence la réalité de nos communautés. Le tout a été ensuite envoyé au Maître de l’Ordre.

La Commission sur la formation
a élaboré un questionnaire sur les nécessités en matière de formation. Il a été envoyé à toutes les communautés. Une évaluation de la formation en est ressortie avec le désir de programmes valables en ce domaine. L’année passée, un bon groupe de moniales a participé au premier cours de Formation permanente. Vu le positif de l’initiative, on prévoit de continuer cette année.

Enfin, depuis quelques années, sont organisés pour les jeunes en formation des cours spécifiques et bien structurés. Tous les monastères n’y participent pas, c’est pourquoi les participantes sont peu nombreuses. Néanmoins un bon climat de partage se crée rendant l’initiative positive.

S. Maria della Neve e S. Domenico

Les formateurs de la Famille dominicaine italienne organisent chaque année une rencontre de formation et d’échange; quelques formatrices des monastères ont adhéré à cette initiative.

Il n’existe pas de bulletin de liaison entre les monastères, mais seulement au niveau des Fédérations de sorte que nous connaissons trop peu la vie et les activités de chaque communauté.

 Sr M-Vincenza Panza, o.p.
(Paru dans le Monialibus n° 29, 2013 ; Traduit de l’italien)