La région Europa Utriusque

carte europa utriusque

Les pays qui font partie de la Région « Europa Utriusque »

La région Europa Utriusque présente une grande diversité. Elle couvre une large part de l’Europe, partant de la Norvège au Nord et s’étendant jusqu’à la Grèce au Sud; depuis le Portugal à l’Ouest et jusqu’à la Lituanie à l’Est. Elle compte 20 monastères dans 12 pays différents: 3 en Allemagne, 3 en Pologne, 2 en Autriche de l’Est, 1 en Suisse, en République Tchèque, au Portugal, en Irlande du Sud, en Irlande du Nord, en Norvège, en Grèce, en Lituanie, en Hollande et en Italie du Nord (de langue allemande).

La région Europa Utriusque peut aussi être définie comme celle des monastères non fédérés d’Europe. Mais il y a 2 exceptions: Oslo en Norvège fut fondé par la France et est resté membre de la Fédération française et Santorin en Grèce fait partie de l’union fraternelle d’Olmedo. Mais si l’on veut être précis, il y a aussi en Europe quelques monastères non fédérés qui ne font pas partie de cette région. La dénomination Europa Utriusque signifie: les deux parties de l’Europe, Est et Ouest.  Elle recouvre tout ce qui reste de l’Europe une fois que l’on a enlevé les 3 pays qui 4 contiennent un grand nombre de monastères: l’Espagne, la France et l’Italie.

LES CONTACTS DANS DEUX SOUS-GROUPES REGIONAUX

Douze langues différentes sont donc parlées dans notre région.
Néanmoins, de nombreux monastères entretiennent des contacts, spécialement ceux qui appartiennent à 2 
groupes qui ont géographiquement, linguistiquement et culturellement des points communs. C’est grâce au Maître de l’Ordre fr Damian Byrne, et au premier promoteur des moniales fr Viktor Hofstetter, que les prieures de ces 2 groupes se rencontrent désormais chaque année. Les maîtresses des novices ainsi que les soeurs en formation se rencontrent aussi régulièrement. Ces 2 groupes sont les  suivants:

· le groupe de langue allemande, comprenant l’Allemagne, l’Autriche, la Suisse et l’Italie du Nord de langue allemande
· Le groupe de l’Europe Centre-Est comprend la Pologne, la République Tchèque, la Lituanie et – à cause de contacts très serrés – l’Irlande. Quelques fois la Norvège se joint à ces rencontres mais pas toujours car elle participe déjà à celles de la fédération française.

Chacune de ces sous-régions compte 7 ou 8 monastères. Dans le premier groupe tout le monde parle allemand. Dans le second la plupart des soeurs parlent ou comprennent le polonais, si bien que lors des rencontres, nous n’avons à fournir que quelques traductions simultanées individuelles, pour celles qui en ont besoin.

‘EUROMON’ : DES RENCONTRES POUR TOUTE LA RÉGION

Les rencontres de prieures et déléguées de toute la région se tiennent tous les 3 ou 4 ans. Ces rencontres ont reçu le nom d’EUROMON. La première rencontre avait été préparée en collaboration avec fr Manuel Merten, le second promoteur des moniales, en 2005, il y a donc 10 ans. Je reviendrai sur cette rencontre Euromon à la fin de cet article. Pour vous montrer comment nous avons appris à collaborer en tant que région, je voudrais vous partager ce que nous nous sommes arrivées à faire ensemble l’année dernière.

Réunion Euromon 2012

Photo de l’Euromon 2012 en Pologne : moniales de Norvège, Allemagne (une d’entre elles est Hongroise), Pologne et République Tchèque

UN DÉFI INATTENDU

L’année dernière les rencontres des 2 sousgroupes avaient eu lieu en août et en septembre. En tant que membre de la Commission Internationale des Moniales, j’étais invitée aux deux. La veille du jour où je suis partie pour la première rencontre, j’ai reçu un email surprenant d’une carmélite d’Australie. Elle me demandait ce qu’il en était de la collaboration entre les moniales de l’Ordre des Prêcheurs. Elle voulait s’en inspirer  pour envoyer à Rome, sa réponse au questionnaire envoyé par la Sacrée Congrégation des Religieux. Je lui demandai : quel questionnaire? Pourriez-vous me l’envoyer? Elle fut très étonnée que je ne l’aie pas… Comme vous le savez peut-être, il y eu des problèmes dans la diffusion de ce questionnaire. Seulement quelques monastères l’ont reçu et essentiellement ceux qui sont fédérés. Mais la plupart des monastères non fédérés ne l’ont pas reçu.

Aussitôt arrivée à la rencontre des Prieures de langue allemande, j’ai demandé si elles avaient le questionnaire, mais aucune d’entre elles n’en avaient même entendu parler! Heureusement un frère allemand qui était présent en avait une traduction allemande (il l’avait eu par d’autres moniales, ne sachant pas que ses propres soeurs ne l’avaient pas). J’ai demandé aux prieures si elles souhaitaient qu’on en discute, et elles ont même voulu qu‘on y réponde ensemble. Nous avons donc échangé sur ce texte, puis les prieures sont rentrées dans leurs communautés respectives, en ont discuté, ont écrit leurs réponses et me les ont envoyées. Tout cela en l’espace d‘une semaine.

Elles m’ont demandé d’inviter les monastères du Centre-Est Européen à se joindre à elles pour envoyer nos réponses ensemble, en tant que région.

Les prieures de l‘Europe Centre-Est se sont rencontrées à peine 10 jours plus tard en Pologne. A cette rencontre nous avons encore passé beaucoup de temps à discuter du questionnaire. Les soeurs polonaises et irlandaises l’avaient reçu mais pas les Tchèques. Je leur ai proposé ce que les germanophones suggéraient, de regrouper leurs réponses en une seule région. Elles furent d’accord. Nous avons donc discuté sur les questions, une soeur a pris des notes, chaque prieure a emporté les notes dans son monastère qui en a discuté et elles m’ont envoyé les résultat la semaine suivante. Tout le monde a confirmé ce qui avait été dit à la réunion et 4 monstères ont fait quelques ajouts. J’ai mis tout cela ensemble, sans mélanger les réponses mais en les mettant côte à côte, en indiquant les noms et adresses des monastères particuliers. Bien sûr chaque monastère restait libre d’envoyer ses réponses de son côté et je sais que certains l’ont fait. Tout ceci fut fait avec l’approbation de notre promoteur fr César.

Pour ce processus de réponse au questionnaire j’ai eu 2 collaboratrices: une soeur d’Allemagne qui a recueilli les réponses d’Allemagne, les a traduites en anglais, mises en ordre et me les a envoyées; et une soeur tchèque qui en a fait de même avec les réponses de Tchéquie et de Pologne. J’y ai ajouté les réponses de 2 autres monastères de la région que je recevais par e-mail.

Finalement j’ai reçu toutes les réponses, je les ai traduites en anglais, imprimées et envoyées à Rome à la dernière minute. Tout cela a été fait en quelques semaines. Je pense que cela montre clairement que notre région – pourtant si diversifiée – est capable de collaborer et le désire.

COMMENT TRAVAILLER ENSEMBLE ?

Puisque nous sommes séparées par des langues diverses, des cultures différentes et de grandes distances, vous pouvez vous demander comment nous arrivons à travailler ensemble.

La réponse est simple : nous avons appris à nous écouter les unes les autres. Comment ? C’était en 1996 que les soeurs allemandes ont eu l’idée d’inviter quelques soeurs de Pologne et de République Tchèque, à leur propre rencontre. Plus tard nous avons invité quelques soeurs Allemandes à notre réunion. Peu à peu nous avons découvert que malgré des problèmes différents (dus aux diverses circonstances historiques), nous étudions les mêmes questions et il nous a semblé que nous pouvions nous enrichir mutuellement. Au départ nous avions pensé à ne réunir que ces deux seuls
groupes ; finalement nous avons élargi à l’ensemble de la région.

EUROMON

La première réunion d’EUROMON a eu lieu en République Tchèque. Quand nous avons envoyé nos invitations à tous les monastères (que nous ne connaissions pas pour la plupart), nous ne savions pas quelles seraient les réactions. Les soeurs voudraientelles venir ? Quitteraient-elles la clôture pour une telle rencontre ? Est-ce qu’elles nous feraient confiance, nous qui étions un monastère de fondation récente ? Nous attendions… Quelle bonne surprise quand les réponses de la plupart des monastères nous arrivèrent, s’intéressant à la proposition et s’inscrivant pour venir !

Dans la lettre d’invitation nous avions bien insisté sur le fait que la rencontre était approuvée et encouragée par le Maître de l’Ordre.

Notre échange fut si bon que tout le monde a souhaité une nouvelle rencontre. La suivante fut organisée 3 ans plus tard, essentiellement par les soeurs allemandes, et elle s’est tenue en Allemagne en 2008. La 3° rencontre fut organisée par un groupe mixte et s’est déroulée en Pologne en 2012. La 4° rencontre se prépare actuellement avec 6 moniales venant de 5 pays (Irlande, Allemagne, Pologne, Norvège et République Tchèque). Elle aura lieu en septembre 2015 en Pologne.

Pour toutes ces rencontres, la traduction simultanée est nécessaire dans les 3 principales langues de la région : allemand, polonais et anglais. Nous avons recours à une équipe de traducteurs qui nécessite 6 ou 7 interprètes. Béni soit Dieu qui nous a toujours permis de compter sur des frères ou soeurs de l’Ordre volontaires pour nous aider dans ce travail. Nous sommes reconnaissantes envers les Provinces des frères et les autres bienfaiteurs qui nous aident financièrement.

Nous célébrons la liturgie de chaque jour dans l’une des 3 langues principales; certaines parties sont chantées en latin (Benedictus, Magnificat et Ordinaire de la Messe). Des livrets contenant les textes liturgiques sont distribués à chacun pour que tous puisse participer. Les lectures de la Messe sont imprimées dans les 3 langues, l’homélie est traduite dans une seule autre langue.

Nous sommes très heureuses que le Maître de l’Ordre fr Bruno Cadoré ait accepté l’invitation à la prochaine Euromon alors qu’il est déjà venu à la dernière. Notre cher Promoteur fr César Valero viendra ainsi que fr Vivian Boland, vicaire du Maître de l’Ordre, qui sera notre principal intervenant. Le thème en est L’itinérance – un défi pour les moniales de l’Ordre des Prêcheurs. Puis, à cause du Jubilé de l’Ordre, le thème continue ainsi : Le Jubilé, une conversion.

Nous nous confions à vos prières. J’espère beaucoup que cet article vous aide à vous sentir plus proche de cette région au nom mystérieux d‘Europa Utriusque !

Sr M. Josefa Strettiová OP,
(Paru dans le Monialibus n° 33, octobre 2015 ; Traduit de l’anglais)