Moniales Dominicaines de Dax
Contemplata aliis tradere

Homélie du 7 juillet 2024

fr Sébastien Perdrix, op

14° dimanche du TO – année B

Les gens du village où Jésus avait grandi étaient, nous dit l’évangile, « profondément choqués à son sujet ». Et d’ajouter, quelques lignes plus loin, que Jésus lui même « s’étonna de leur manque de foi ». Le moins que l’on puisse dire, c’est que le retour du Christ dans son lieu d’origine est loin d’être un succès. C’est même tout le contraire. Son enseignement n’est pas reçu et il n’accomplit aucun miracle. Le fils du pays est regardé avec méfiance et mépris. 

Voilà pourquoi, frères et soeurs, j’aime les Évangiles. Un tel récit me convainc de leur vérité. En effet, les Évangiles ne taisent ni les échecs de Jésus, ni médiocrités de ceux qui le suivent. Rappelons-nous l’épisode du reniement de Pierre. Celui qui a été constitué fondement de l’Eglise et qui sera appelé à jouer un grand rôle, n’a pas hésité à renier trois fois son maître. Pensons encore à Jacques et Jean, les fils de Zébédée, qui osent demander à Jésus de pouvoir siéger l’un à sa droite et l’autre à sa gauche dans son royaume ! Ce n’est pas l’ambition qui les étouffent ! Et que dire de la réaction pathétique et misogyne des disciples suite à l’enseignement de Jésus sur le divorce défendant les femmes contre l’égoïsme des hommes : « Eh bien, si tel est la condition de l’homme par rapport à la fin, il n’est pas utile de se marier… » Et les mêmes refuseront d’accueillir le témoignage des saintes femmes revenus du tombeau : du radotage de bonnes femmes exaltées !

Voilà pourquoi j’aime et je crois en la vérité des Évangiles. Si j’avais du fabriquer de toute pièce le récit de la venue d’un homme-Dieu porteur d’un message extraordinaire pour l’humanité, je l’aurais, tout d’abord, fait naître dans un palais à Rome et non dans une étable en Palestine. Quelle idée de le faire naître au milieu de nulle part et dans une famille sans argent ni pouvoir ! À moins d’un sacré ascenseur social – qui déjà à l’époque était en panne – comment est-il possible de révolutionner le monde en partant de si bas ? De plus, j’aurais narré ses exploits, ses réussites, ses innombrables miracles, mais certainement pas ses échecs comme celui rapporté par l’Evangile et encore moins la croix. Un héros qui finit lamentablement pendu au gibet comme un esclave, ce n’est pas vraiment glorieux. Enfin, je l’aurais flanqué de disciples plus exceptionnels les uns que les autres, à la manière d’un président « jupitérien » entouré de ministres ultracompétents. (…) Attention, n’y voyez aucune consigne de vote (…) 

Rien de tout cela dans les Evangiles ! Voilà pourquoi je les vénère et les accueille comme parole de vie. 

Rien de tout cela dans les Evangiles, car Jésus n’est pas un personnage de fiction à la manière d’un superman. Il n’est pas un puissant de ce monde dont on écrirait un chronique élogieuse pour la postérité. 

Jésus est un mystère au sens où sa personne, son identité, sa nature ne se laisse pas enfermer dans des cases, dans nos schémas trop humains. Ceux qui l’ont côtoyé ont compris qu’il fallait respecter son mystère et le transmettre le plus fidèlement possible, sans rien cacher et sans rien ajouter. Ainsi les évangélistes n’ont pas inventé les miracles ou la résurrection tout comme ils n’ont pas imaginé de toute pièce la croix et le rejet de Jésus par les siens. Ils ont été les fidèles témoins directs de ces faits ou les dépositaires scrupuleux du témoignages des disciples. Comme le dit Jean au début de son épitre : « CE QUI ETAIT depuis le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché du Verbe de vie, nous vous l’annonçons. Oui, la vie s’est manifestée, nous l’avons vue, et nous rendons témoignage : nous vous annonçons la vie éternelle qui était auprès du Père et qui s’est manifestée à nous. »

Le témoignage des écritures est véridique. Mais comme nous le rappelle l’épisode de ce jour, sa véracité ne nous dispense pas de la foi. Le mystère du Christ, la sagesse incomparable de son enseignement, ses miracles, sa croix, sa résurrection ne peuvent être accueilli que dans la foi. Ne soyons pas de ceux qui par manque de foi et donc d’intelligence pensent pouvoir discerner qui est vraiment Jésus, ce qu’il faut garder des évangiles et ce qu’il faut écarter. Sinon, nous serons comme ses voisins, nous pensions le connaître et nous serons passer à côté de lui et de son message de vie.

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