Moniales Dominicaines de Dax
Contemplata aliis tradere

Homélie du 17 mars 2024, 5ème dimanche du Carême

par le frère Benoît Vandeputte, op

Nous préparons Pâques.

Et si le cycle de l’année liturgique «A » est destiné particulièrement aux catéchumènes, celui que nous suivons, le cycle de l’année « B » est différent.

Il nous prépare à la glorification de Jésus. Nous reviendrons sur ce mot.

D’où les lectures de l’Évangile de Jean que nous suivons pas à pas depuis trois semaines. Si bien que nous en perdons le fil alors que dans la vie de Jésus, ces épisodes se suivent d’heure en heure.

Il y a deux semaines, il a fait des fouets et chassé de ses mains les marchands du Temple. Dimanche dernier, il a évoqué Moïse et le serpent d’airain. Le symbole était fort : Si le serpent était un symbole païen phagocité par Moïse, le vrai objet symbolique résidait dans la bâton de Moïse.

Par son bâton de marche, bâton de bois, le Nehushtan, c’est son nom, le prophète agissait au nom de Dieu. Quitte à devenir, un signe de d’autorité repris dans nombre de tradition.

Il y a ainsi, au sommet du Mont Nébo, en Jordanie, lieu traditionnel juif et chrétien, de la mort de Moïse, une sculpture contemporaine magnifique : rouge sang, une croix au serpent enlacé, il s’agit du Nehushtan, et l’on dirait la croix du Christ ! Les grecs l’appelleront Kerukheion, caduceus en latin, caducée en français : ou « bâton du messager ».

De quel message s’agit-il donc ?

« L’heure est venue où le Fils de l’homme doit être glorifié » ; Souvenons-nous : dès que l’on parle de Fils de l’homme, il s’agit de Dieu ; alors que quand on dit fils de Dieu, il s’agit des hommes.

Or nous savons que glorification est un faux ami. Jésus ne vient pas pour la grandeur, pour la gloire, pour restaurer le royaume juif terrestre, il ne s’attend pas aux grandes célébrations et festoiements des jours de couronnement !

Si la première lecture évoque les Maisons d’Israël et Maisons de Juda réunies, il ne s’agit pas de reconstituer le royaume de Salomon éclaté à sa mort. Il s’agit de redevenir des Fils de dieu, donc des hommes, réunis et renouvelés dans l’alliance éternelle et toujours nouvelle de Dieu.

La deuxième lecture va dire comment à auditoire juif puisqu’il s’agit de l’épitre aux Hébreux : « dans un grand cri et dans les larmes ». Ou, pour le dire autrement, par le moyen de la « grâce qui coûte » selon la magnifique expression du théologien luthérien Dietrich Boenhoeffer, car « la grâce à bon marché, c’est la grâce sans la croix, ennemie mortelle de l’Église, la grâce qui coûte c’est l’Évangile qu’il faut chercher toujours à nouveau ».

Nouvelle alliance, alliance toujours nouvelle. Révélation de Dieu parmi nous. Et le moyen sera le bois, l’arbre de la croix, le bâton de Moïse. À Noël, nous l’avons chanté : « la gloire du Seigneur va se révéler, et tout homme verra le Salut de Dieu ».

Dans l’Évangile de Jean, Jésus n’agonise pas à Gethsémani, il monologue devant les siens. Dans ses mots d’« homme en chair et en os », il évoque la révélation de sa divinité.

« Père, glorifie- moi, afin que le monde croie ».

Homme en chair et en os, cher au philosophe Miguel de Unanuno. Héros de notre vie. Seul acteur légitime d’une existence où nous pouvons parler de joie de vivre alors que la finitude notre vie évoque le sens tragique de notre existence même. Ou, comment être heureux dans un monde sans paix…

Billot, échafaud, Gibet, Croix : les bois de justice aiment les hauteurs.

Car ils se veulent exemplaires, dissuasifs ou, au moins, effrayants. Si l’on ne tient pas les hommes par l’exemple on les tiendra par la peur !

Un temps…

Un peu comme si elle voulait conjurer les échecs du quotidien de la vie de son monde, la justice exhibe ses châtiments.

Ou alors, elle invente -mais ce n’est plus de la justice-, de nouveaux moyens pour disposer des importuns.

Elle fait disparaître. « Desaparecidos » disait-on naguère en Amérique latine. J’ignore le mot utilisé aujourd’hui en Chine ou en Iran. 

Alors que nous pourrions être tentés de désespérer, J2sus ouvre la porte : « le Prince de ce monde ava être jeté dehors ».

Crucifié ou « disparu », l’innocent ne meurt pas en vain.

L’heure du triomphe de l’obscurité est par un paradoxe jamis vu et inouïs ce moment, cette heure, cette Parole même où l’obscurité est vaincue.

Dans sa superbe chanson-poème « Ni Dieu ni maître », l’artiste français Léo Ferré dresse finalement un tableau moins mécréant qu’il n’y paraît

« Le ministère de ce prêtre

Et la pitié à la fenêtre
Le fardeau blême qu’on emballe
Comme un paquet vers les étoiles

Ces bois que l’on dit de justice
Et qui poussent dans les supplices

Cette procédure qui nous guette

Ceux que la société rejette

Cette Parole d’Évangile

Qui fait plier les imbéciles

Qui met dans l’horreur civile

De la noblesse et puis du style… ».

Vivons cette Théophanie, cette manifestation divine, cette révélation ultime : la Voix de Dieu est comme l’Esprit, tonnerre qui roule de montagne en montagne : du Sinaï jusqu’aux Pyrénées en passant par le Mont du Temple et le Mont Sion.

D’où vient-il ? Où va-t-il ? On l’entend mais on ne sait pas très bien son chemin. Ceux qui ont marché en montagne le savent. Une seule certitude : Dieu est là.

Voici l’heure du jugement : celui du prince de ce monde.

Amen

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