Moniales Dominicaines de Dax
Contemplata aliis tradere

Homélie du 4 juin 2023, Trinité

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Par le frère Sylvain Detoc op

La Trinité, « crux praedicatorum » ?

La Bible est pleine de textes difficiles. Quand un passage obscur donne du fil à retordre aux interprètes, on parle d’une « crux interpretum » : une « croix des interprètes », comme si leur intelligence était crucifiée par ce texte !

Eh bien, on pourrait dire qu’il y a dans notre foi un mystère qui est une véritable « crux praedicatorum », une « croix des prédicateurs » : c’est le mystère de la Trinité !

Comment parler d’un si grand mystère – le plus grand à vrai dire ! – en quelques minutes seulement et avec des mots simples ? La langue du prédicateur est comme clouée par cette gageure…

Mais ce n’est pas plus mal ainsi ! Car le mystère de la Trinité, c’est bien à partir d’une crux, d’une « croix », qu’on le découvre et qu’on l’imprime en soi petit à petit – je veux parler du BE-A-BA de la vie chrétienne, le signe de croix : « Au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit ».

Ce signe et cette formule ouvrent et referment chaque messe. Et si cette formule d’ouverture ne suffisait pas pour retenir notre attention, il suffirait de rappeler, comme nous l’avons fait dans la deuxième lecture, la belle salutation par laquelle saint Paul conclut sa seconde lettre aux Corinthiens et que le prêtre peut reprendre à son tour pour saluer l’assemblée :

Que la grâce du Seigneur Jésus Christ, l’amour de Dieu (le Père) et la communion du Saint-Esprit soient avec vous tous.

Encore une formule trinitaire ! Et ces formules, d’où viennent-elles, sinon de notre baptême, puisque nous avons été baptisés « au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit » ?

Bref, depuis le premier instant de notre vie chrétienne, nous baignons dans la Trinité. Nous vivons dans la Trinité bien avant de la connaître et d’être capables d’en parler.

Ce qui est vrai à notre petite échelle personnelle est vrai à l’échelle de la communauté chrétienne tout entière. L’Église a vécu dans la Trinité bien avant de formuler sa foi en la Trinité, comme elle l’a fait dans le Credo, environ 300 ans après la période des apôtres, aux conciles de Nicée et de Constantinople.

La Trinité, donc, avant d’être un casse-tête pour les catéchistes et les théologiens, c’est une expérience historique. C’est l’expérience qu’ont faite les apôtres et qui est bien résumée dans la prière liturgique de ce jour :

Dieu notre Père, tu as envoyé dans le monde ta Parole de vérité et ton Esprit de sainteté pour révéler aux hommes ton admirable mystère…

Oui, Dieu a envoyé dans notre monde sa « Parole de vérité », qui est aussi son Fils. Cette Parole (ce Verbe), elle s’est incarnée « pour que le monde soit sauvé » ; les apôtres l’ont côtoyée, ils l’ont vue, ils l’ont entendue, ils l’ont touchée : c’est Jésus. Auprès de Jésus, les apôtres ont donc fait l’expérience de la présence de Dieu avec eux, parmi eux, au milieu d’eux.

Mais Jésus les a quittés. Il est mort, il est ressuscité, et il est monté aux cieux. Dès lors, les apôtres se seraient retrouvés seuls, si Dieu n’avait pas envoyé, comme Jésus l’avait promis, quelqu’un d’autre : son « Esprit de sainteté ». L’Esprit Saint envoyé à la Pentecôte, c’est la seconde expérience de Dieu qu’ont faite les apôtres, une expérience plus profonde encore. L’Esprit Saint, c’est Dieu non seulement avec eux, mais en eux, Dieu dans leurs cœurs.

L’envoi de Jésus et l’envoi de l’Esprit, voilà donc les deux expériences vécues par les apôtres qui ont achevé de révéler aux hommes le mystère de Dieu. Désormais, nous sommes familiarisés avec Dieu le Père – ce « Dieu tendre et miséricordieux » que les ancêtres des apôtres, comme Moïse, connaissaient déjà –, mais aussi avec le Fils de Dieu, qui s’est fait homme, et avec l’Esprit de Dieu, répandu dans nos cœurs.

À partir de ces rencontres avec la personne du Fils et avec la personne de l’Esprit, nous sommes introduits dans le saint des saints ; nous pénétrons à l’intérieur de la nuée, et nous découvrons, émerveillés, que Dieu est en lui-même relations, communion de personnes qui se connaissent et qui s’aiment de toute éternité : le Père, le Fils et le Saint-Esprit.

Cette communion bienheureuse n’est pas une théorie. Dieu nous la fait goûter. Il nous invite à y participer. Non pas tout seuls, mais avec l’humanité tout entière. Alors, nous qui sommes des disciples du Christ, nous qui sommes habités par son Esprit, entrons joyeusement dans la vie divine et tâchons d’entraîner tous les hommes dans cette ronde qui n’aura pas de fin.