Moniales Dominicaines de Dax
Contemplata aliis tradere

Homélie du 28 décembre 2023. Les saints innocents

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Par le frère Julien WATO op

Frères et sœurs, nous passons sans cesse d’un extrême à l’autre : de la chaleur de Noël au martyre d’Étienne, de la douceur de saint Jean à la barbarie du massacre des Saints Innocents. C’est parce que la liturgie s’adapte à l’histoire de notre humanité. Nous passons sans cesse de la beauté de l’amour de Dieu pour les hommes à l’horreur de la cruauté humaine. Quand Dieu a créé l’homme et la femme et qu’il leur a donné le Paradis terrestre, ce fut aussitôt le premier péché. Quand le Seigneur rencontra Moïse sur le mont Sinaï et qu’il lui donna l’Alliance, les Hébreux se fabriquèrent aussitôt le veau d’or. Quand Dieu se fait homme, le roi Hérode fait massacrer tous les enfants.

L’épisode évangélique des Saints Innocents Martyrs est un exemple typique de ce que la soif de pouvoir peut pousser à des délits atroces. Les enfants de Bethléem sont en effet victimes de la haine impitoyable d’Hérode contre qui aurait pu contraster ses plans de puissance et de domination.

En 2016, justement, le jour de la fête des Saints Innocents, le pape François a adressé aux évêques une lettre les exhortant à « écouter la lamentation et les pleurs de tant de mères, de tant de familles, pour la mort de leurs enfants, de leurs enfants innocents »: c’est le même « gémissement de douleur des mères qui pleurent la mort de leurs enfants innocents face à la tyrannie et à l’avidité effrénée de pouvoir d’Hérode ». « Un gémissement, a écrit le pontife, que nous pouvons encore aujourd’hui continuer à entendre, qui nous touche notre âme et que nous ne pouvons pas et ne voulons pas ignorer ni faire taire ». D’où l’invitation du Pape aux évêques du monde entier pour qu’ils protègent l’innocence des petits « des nouveaux Hérode de nos jours », qui la phagocytent et la brisent « sous le poids du travail clandestin et de l’esclavage, sous le poids de la prostitution et de l’exploitation. Innocence détruite par les guerres et par l’émigration forcée ». Au même moment le Pape a aussi recommandé l’écoute des pleurs et des lamentations de l’Église qui demande pardon et « pleure non seulement face à la douleur causée aux plus petits de ses enfants, mais aussi parce qu’elle est consciente du péché de certains de ses membres : la souffrance, l’histoire et la douleur des mineurs qui ont été abusés ».

Nous pouvons aussi relier à ce mémorial pathétique des saints Innocents, la question atroce des « enfants martyrs aujourd’hui ». L’un des plus grands malheurs, scandales et déshonneurs de notre époque, c’est le drame des enfants innocents – par millions – : mal-aimés, battus, sous-alimentés, et même exploités, esclaves, les enfants maltraités ou massacrés dans toutes les guerres de la planète, les enfants victimes de l’avortement ou éliminés de la vie. Des chiffres insoutenables sont redonnés de temps à autre par les médias, suscitant des émois passagers. Il aura fallu attendre deux siècles, après la Déclaration des droits de l’homme, pour parvenir enfin, seulement en 1989, à la Convention des Nations Unies pour les Droits de l’Enfant.

Nous-mêmes, nous ne sommes sans doute pas comparables à Hérode. Mais, nous pouvons avoir des fonctions, des services où nous exerçons un certain pouvoir, où nous bénéficions d’un certain prestige. Nous pouvons être tentés de nous attacher à tout cela. Nous avons peur de perdre quelque chose. Sommes-nous disposés à nous laisser dépouiller, à nous mettre à l’école de l’humilité de Dieu ? Que l’humilité de Dieu nous guérisse de nos haines, de nos jalousies, de nos peurs de perdre quelque chose, de nos peurs de nous voir remplacer par une autre personne.

La fête des saints innocents nous confronte à l’horreur du mal et de la souffrance. C’est l’occasion pour chacun de prier pour tous les innocents, victimes des guerres, des maladies, de la misère, de l’exil, etc. Puisse l’Enfant de Bethléem être présent aux côtés de tous ceux qui souffrent ! Aussi, forts de cette conviction de foi, orientons nos regards vers Jésus, car en lui seul nous trouvons le refuge. Amen !