Moniales Dominicaines de Dax
Contemplata aliis tradere

Homélie du 26 décembre 2023 St Etienne

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Le temps de Noël est un temps de joie pour tout le peuple de Dieu ! Et voilà qu’aujourd’hui, l’Église nous donne de faire mémoire de saint Étienne, premier martyr de l’Église de Jérusalem. Est-ce qu’il y a contradiction ? Est-ce que ça nous paraît déplacer ? Est-ce que le martyre peut-il vraiment s’inscrire dans la joie de Noël ?

Oui, frères et sœurs, dans l’atmosphère joyeuse de Noël, faire mémoire du martyr d’Étienne pourrait nous paraître déplacée. Noël est la fête de la vie, Noël nous inspire des sentiments de sérénité et de paix : pourquoi troubler ce moment par le souvenir d’une violence aussi atroce qu’est le martyr de saint Étienne ? En réalité, dans l’optique de la foi, la fête de saint Étienne est en parfaite harmonie avec la signification profonde de Noël, parce que dans le martyre, la violence est vaincue par l’amour, la mort est vaincue par la vie. L’Église voit dans le sacrifice des martyrs leur « naissance au ciel ». C’est comme si nous célébrons le « noël » d’Étienne, et cela jaillit en profondeur du Noël du Christ. Jésus transforme la mort de ceux qui l’aiment en aurore d’une vie nouvelle ! « Moi, je suis la Résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais » (Jn 11, 25-26).

Dans ce sens, on comprend vite que dans le martyre d’Étienne se reproduit la lutte entre le bien et le mal, entre la haine et le pardon, entre le mensonge et la vérité, entre la douceur et la violence que celle qui a culminé dans la Croix du Christ. La mémoire d’Étienne nous invite à détruire en nous une fausse image de Noël. Cette mémoire nous ramène à la signification authentique de l’Incarnation, en reliant Bethléem au Calvaire et en nous rappelant que le salut divin implique la lutte contre le péché et passe par la porte étroite de la Croix. C’est la route que Jésus a clairement indiquée à ses disciples, comme l’atteste l’Évangile de ce jour : « Vous serez haïs de tous à cause de mon nom, mais celui qui aura tenu bon jusqu’au bout, celui-là sera sauvé » (Mt 10, 22).

De nos jours, on entend dire qu’« il n’y a plus de martyr dans l’Église », ou mieux, « le temps des martyrs est révolu ». Mais est-il possible de mener une véritable vie chrétienne sans être, dans une certaine mesure, martyr ? Être martyr c’est être témoin, témoin du Christ. Il existe deux formes de martyre, le martyre sanglant, celle qui conduit à la mort physique et souvent avec effusion de sang, comme le martyre de saint Étienne ; et le martyre non sanglant, celui qui ne requiert pas une mort physique. Et c’est ce deuxième type qui est le plus à la portée de tout chrétien véritable. Célébrer le martyr d’Étienne nous rappelle qu’en tant que chrétien, nous devons tous les jours, dans des petites choses ou grandes choses, témoigner du Christ en aimant nos frères et sœurs jusqu’au bout, en les aimants d’un amour miséricordieux, d’un amour qui accorde le pardon.

Alors, Suis-je conscient que ce sont mes petits martyres de tous les jours qui construisent ma sainteté ? Suis-je fier d’être chrétien ? Suis-je prêt à accepter une quelconque humiliation pour que le Christ soit annoncé et glorifié ? Suis-je en mesure d’accepter une gêne pour que l’autre soit épanouit ? Suis-je en mesure d’accepter d’être dérangé dans ma maison, pour que l’étranger trouve un abri, souffrir un peu de faim pour que l’affamé ait du pain, éviter le luxe pour que les pauvres soient soignés et soutenus ? Il s’agit là d’autant de martyres qui sont bien à ma portée.

Prions aujourd’hui, de manière particulière, pour les chrétiens qui subissent des discriminations à cause du témoignage qu’ils rendent au Christ et à l’Évangile. Sentons-nous proches de ces frères et sœurs qui, comme saint Étienne, sont accusés injustement et deviennent l’objet de toutes sortes de violences. Amen !

fr Julien WATO op