Moniales Dominicaines de Dax
Contemplata aliis tradere

Homélie du 8 avril 2023, Pâques, Messe de minuit

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            « Voici que l’hiver est passé… Sur notre terre les fleurs se montrent », et de même, dans cette église, les fleurs sont là et la lumière de la Pâque semble dire à toute l’Église comme à la bien aimée du Cantique : « La saison vient des refrains joyeux, le roucoulement de la tourterelle se fait entendre sur notre terre… les vignes en fleur exhalent leur parfum. Lève-toi, ma bien-aimée, toute belle, viens ! »

Oui, elle s’est levée, l’Église, c’est-à-dire nous tous réunis en un seul cœur et une seule âme, nous les visibles et tous ceux que nous attirons par notre pensée et notre prière jusque dans notre célébration, ce soir, autour du Cierge qui nous illumine. Oui, elle s’est levée l’Église car nous nous sommes levés à l’heure où d’habitude nous nous endormons et nous nous sommes mis en marche et nous avons processionné à la suite de la Lumière qu’est le Christ. Oui, nous sommes sortis d’Égypte.

Car la Pâque signifie avant tout le passage : le passage de la terre de servitude à la terre de liberté, de la servitude de la mort au soulagement des enfants enfin libres parce que libérés. Oui, nous retrouvons toute notre liberté, et le péché et la mort ont beau nous pétrifier, nous rendre lourds et inertes comme des montagnes, la Pâque du Seigneur nous déracine de cet emprisonnement – la faute d’Adam est réparée – et nous nous mettons à imiter l’allégresse des agneaux. 

« Qu’as-tu, mer, à t’enfuir, chante le Psaume, … et vous, montagnes, à sauter comme des béliers, collines, comme des agneaux ? » (Ps 113).

C’est en vérité avec le psalmiste (Ps 29) que nous osons dire :

« Tu as changé le deuil en une danse, … mon cœur te chantera sans plus se taire, Seigneur mon Dieu, je te louerai à jamais ».

Pâque nous rend la liberté et nous sort de la nuit : « Lève-toi, ma bien aimée », Église du Seigneur, car le printemps est revenu. Lève-toi et sors, parce qu’Il s’est levé et le voici sorti du tombeau. Pâque nous sort de toute nuit : nuit de la mort et nuit de l’absurdité, nuit du péché et nuit de l’abandon. Laissons le Christ, ressuscitant, nous donner le sens de toute chose. Le sens de notre vie comme le sens de ce qui est le plus incompréhensible dans la vie humaine : le mal, la souffrance et la mort. Seul, le Christ qui ressuscite donne son sens à ce que nous ne pourrons jamais comprendre par nous-même. Et ce sens, nous le savons, est toujours plus qu’une définition, il est une direction, un élan : le Christ ressuscitant nous dit où conduisent la Passion et la mort, nos passions et nos morts, si nous les vivons en lui prenant la main qu’il ne cesse de nous tendre. N’a-t-il pas aux enfers où il est descendu, tiré par la main Adam endormi depuis des siècles ? Il est Celui que nous aimons et que nous voulons rejoindre. La Patrie et le Royaume, l’Ami et l’Hôte. Il est à Lui seul et en même temps la route et l’arrivée.

Et parmi la grande variété des routes qui sillonnent cette terre, il est ce soir une route nouvelle, celle qui se dessine dans la paix d’un jardin. Avant la route d’Emmaüs, les Évangiles, pour célébrer la Pâque, nous mènent au jardin.

Aujourd’hui, au cœur même de notre Église, un jardin a refleuri. Chantons notre joie. Les fleurs sont là. Les branches riches de bourgeons. Il ne manque plus à ce jardin que celles qui vont de fleur en fleur, je veux dire les abeilles. Sans les avoir invitées à la fête de cette sainte nuit, elles sont pourtant bien présentes.

La première annonce de la Pâque : l’Exultet a retenti pour nous et sans cette voix, nous ne saurions pas pourquoi cette nuit est si différente des autres, comme pour l’Eucharistie, tout commence par l’écoute d’une voix qui nous dit ce qui est. Cette annonce de la Pâque, ce cri dans la nuit qui proclame enfin que la faute d’Adam est devenue bienheureuse parce qu’elle est vaincue par la mort et la résurrection du Christ, est associée à une louange très ancienne : la louange, l’éloge du cierge pascal.

C’est ce flambeau de cire blanche qui permet à la flamme de briller et de brûler. La mèche se consume sans salir la pureté de la cire : Pâque est un feu qui consume nos cœurs sans les blesser, les corrompre ou les détruire. Cette cire est l’œuvre des abeilles qui vivent et travaillent dans une sainte et pacifique communauté. Les Anciens y ont souvent vu une figure de la cité harmonieuse.         Et dans le Livre des Juges, ce sont des abeilles et du miel que Samson trouve dans la carcasse du lion mort : de la mort surgit la vie, une vie douce comme le miel et pacifique comme l’harmonie des abeilles.

            Cette mort est celle du Christ : nous goûtons aujourd’hui, ce soir même, ce divin miel : celui de la Résurrection.

            Autrefois au sortir du baptistère les nouvelles pousses de la Vigne Église, les néophytes y goutaient. Nous ne devons pas perdre la Force qu’un tel signe voulait transmettre !

            C’est un miel doré comme la flamme de ce cierge. Il nous éclaire pour notre nuit et nous communique déjà quelque chose du Mystère de la Vie sans fin que le Seigneur par sa Pâque nous a acquise.

            Recueillons en cette nuit le Fruit de l’arbre de la croix : croyons en Jésus vainqueur de la mort et de notre propre mort. D’un seul cœur et d’une seule âme, assumons pleinement le mystère de notre baptême qui continue son œuvre sainte en nous et pour célébrer la première Eucharistie de cette Pâque, laissons-nous rénover par la grâce baptismale qu’il nous est donné d’accueillir de nouveau.

Amen.